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Questions
L’horticulture kenyane en chiffres

2 150 : nombre de fermes de fleurs au Kenya (150 grandes exploitations, dont une soixantaine autour du lac Naivasha, et 2 000 petits producteurs). Elles représentent 3 700 hectares de serres. 60 % des fleurs produites sont des roses.
500 000 personnes : nombre de Kenyans qui travaillent dans la floriculture, dont 90 000 directement dans des fermes. Au total, ce secteur fait vivre 2 millions de Kenyans.
125 000 tonnes  : quantité de fleurs exportée par le Kenya en 2013. Nairobi est le quatrième exportateur au monde et le premier vers l’Europe. C’est aussi le cinquième producteur après l’Inde, la Chine, l’Equateur et la Colombie.
500 millions de dollars : valeur des exportations de fleurs du Kenya chaque année, qui en font la troisième source de devises étrangères du pays, après le tourisme et le thé. L'horticulture dans son ensemble génère 1 milliard de dollars par an.
36 % : part des importations de fleurs de l'Union européenne qui proviennent du Kenya, devant l'Equateur (15 %), l'Ethiopie (15%) et la Colombie (12 %) (Eurostat)
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    Il est 8 heures et on entend les oiseaux chanter dans la serre. Jemima Wanjiku fredonne elle aussi quelques notes en enfilant ses gants. Sécateur en main, elle parcourt les longues allées de rosiers à la recherche des boutons presque éclos, coupe les tiges et les rassemble sans même interrompre sa marche. Immédiatement après leur récolte, les fleurs sont transportées dans l’atelier attenant. Là, l’effervescence règne. Des centaines de petites mains saisissent, sectionnent, effeuillent, ajustent et rassemblent les tiges en bouquets. Le temps est compté. Ces roses, cultivées par la ferme horticole Wildfire sur le lac Naivasha, à une centaine de kilomètres au nord de Nairobi, au Kenya, doivent arriver le lendemain sur les étals français, anglais ou hollandais pour la Saint-Valentin.

    « Les ouvrières ont 30 minutes entre la récolte et la mise en chambre froide, à 4 °C. Après, les fleurs risquent de s’ouvrir. Or, les consommateurs veulent qu’elles tiennent au moins 7 jours dans leur vase », explique Peter Szapary, le directeur autrichien de la ferme.

    Entre 70 000 et 80 000 roses, d’une palette allant du rouge au jaune, sortent tous les jours de ses entrepôts. Direction l’Europe, à 7 000 kilomètres de là, mais aussi les Etats-Unis, l’Australie et le Japon. Ses fleurs, vendues autour de 4 centimes d'euros la tige à la sortie de la ferme, seront ensuite achetées par les consommateurs, en moyenne, 30 euros le bouquet de trente. Peter Szapary a choisi de ne pas augmenter sa production pour la fête des amoureux. « J’ai des accords de vente à l’année avec des supermarchés », justifie-t-il. Mais la plupart des soixante fermes horticoles installées autour du lac Naivasha, elles, mettent les bouchées doubles. « La Saint-Valentin représente 30 % de la production annuelle de fleurs dans notre pays », calcule Jane M. Ngige, directrice générale du Kenya Flower Council (KFC), l’organisation professionnelle du secteur.

    Depuis une vingtaine d’années, le Kenya s’est fait connaître pour sa production de fleurs. Avec 125 000 tonnes l’an dernier, c’est le quatrième exportateur au monde et le premier vers l’Europe. Un marché évalué à 500 millions de dollars par an (443 millions d'euros), qui en fait la troisième source de devises1 étrangères du pays, après le tourisme et le thé. A 60 %, ces fleurs sont des roses.
    Un tiers de cette production est concentrée autour d’un seul et même endroit : le lac Naivasha, magnifique étendue d’eau de 150 km2, bordée de volcans à 1 900 mètres d’altitude sur les hauts plateaux kenyans. Les hippopotames, les flamants roses, les pélicans et les cormorans en partagent les rives avec d’interminables rangées de serres vertes et blanches.

    « Les premiers Hollandais se sont installés ici à la fin des années 1970 car les conditions climatiques y sont similaires toute l’année à l’été en Europe : il fait chaud en journée (30 °C), frais la nuit (13 °C) et cette différence de température est bonne pour les roses », explique Peter Szapary. Autres atouts : Naivasha est l’un des deux seuls lacs kenyans d’eau douce de la vallée du Rift ; l’aéroport de la capitale Nairobi, d’où partent tous les soirs des cargos emplis de fleurs, ne se trouve qu’à 1 h 30 de route ; et surtout, la main d’œuvre y est très bon marché.

    Secteur prospère et controversé
    Mais il y a une dizaine d’années, ce secteur prospère s’est retrouvé au cœur d’une controverse. L’exploitation voire l’intoxication des salariés, l’emploi massif de pesticides ou encore le gaspillage d’eau ont été régulièrement dénoncés par les médias étrangers. Conscients de l’importance de leur image de marque face à leurs concurrents colombiens ou équatoriens – pourtant pas meilleurs en la matière -, les producteurs kenyans, réunis dans le KFC, ont entrepris de verdir2 le secteur.

    « A la création du KFC en 1996, l’industrie horticole utilisait beaucoup de pesticides et d’engrais. Nous avons alors adopté un code de bonnes pratiques, et nous en sommes aujourd’hui à la neuvième version, avance fièrement Jane M. Ngige. Nous effectuons chaque année des audits de nos 80 fermes membres et nous sommes nous-mêmes audités par un organisme d’accréditation sud-africain. Nos producteurs exportent des fleurs cultivées de manière responsable tant pour l’environnement que pour les salariés. »

    Les ouvriers des fermes, relégués dans des bidonvilles
    Lorsque l’on cherche à vérifier ces informations sur le terrain, on se heurte rapidement aux barrières des fermes ultra-sécurisées, derrière lesquelles les journalistes ne sont pas les bienvenus. Pour parler librement aux milliers d’ouvriers qui affluent du pays tout entier, il faut se rendre dans les nombreux bidonvilles qui ont poussé à proximité des serres. Karagita est l’un des plus importants, avec ses commerces et ses habitations faites de tôle et de terre, ses amas de détritus et ses chemins cabossés qui tiennent lieu de route. Si l’électricité y est installée, point d’arrivée d’eau ou d’égouts.

    Vers 17 heures, les bus affrétés par les horticulteurs déposent les travailleurs à l’entrée du village. James Kihara Ndung’u, grand gaillard de 26 ans originaire de Nakuru, à une soixantaine de kilomètres au nord de Naivasha, tente de leur vendre quelques calendriers qu’il a disposés dans une brouette. Lui aussi a passé la journée dans une ferme, Nini Ltd., pour laquelle il effectue de la maintenance depuis six ans. Mais faute de revenus suffisants, il multiplie les petits boulots le soir. « Je gagne 200 shillings kenyans [1,93 euro] par jour. C’est tellement peu que je ne parviens pas à économiser pour reprendre mes études », se désespère-t-il en exhibant sa fiche de paie.

    Si l’entreprise lui alloue également 2 000 shillings mensuels (19 euros) pour se loger, l’enveloppe lui permet tout juste de se payer un logement sommaire, un peu à l’écart du centre de Karagita. Une pièce aveugle de 8 m2 fait office de salon et de chambre à coucher. Les habits sont suspendus au mur tandis qu’un tissu tendu cache un débarras. Les toilettes et la douche communes se situent à l’extérieur. « Je ne pourrai pas me marier et fonder une famille dans cette situation, poursuit-il. Je cherche n’importe quel travail mieux payé, même nettoyer les sanitaires. »

    Ces conditions de vie spartiates, les ouvriers des exploitations horticoles les partagent tous. « Les maisons dans la ville de Naivasha sont trop chères. Ici, je paie un loyer de 1 400 shillings (13 euros) par mois », livre Mueni Munyoki, 28 ans, qui élève seule quatre enfants. Depuis trois ans, elle travaille six jours par semaine, entre 7 et 17 heures, pour la ferme Longonot. Son salaire : 275 shillings kenyans par jour (2,7 euros). « Il n’y a pas d’alternative : ce sont les fermes ou le chômage, assure la jeune femme, originaire de Kitui, une zone semi-désertique à l’ouest de Nairobi. Et notre situation s’est un peu améliorée. » Son salaire a récemment été augmenté, elle peut profiter d’un hôpital près de la ferme et parvient à payer l’école de ses enfants.
        Dans un pays où 40 % de la population est au chômage, la floriculture, qui emploie 500 000 personnes, dont 90 000 dans les fermes, est perçue comme un eldorado malgré la faiblesse des salaires. « Ce sont les meilleurs du secteur agricole », tient à souligner Jane M. Ngige. Reste qu’avec 6 000 shillings (57 euros) en moyenne par mois, ces revenus sont à peine supérieurs au minimum légal (5 000 shillings) et les horticulteurs, pourtant souvent labellisés commerce équitable, comptent bien préserver leurs marges. « Si les salaires augmentent, il n’y aura plus personne d’ici cinq ans. On partira tous s’installer en Ethiopie », menace Peter Szapary. Car le voisin africain, moins regardant sur les standards3 sociaux et environnementaux, se lance dans la production de fleurs armé d’une main-d’œuvre encore meilleur marché.

    Rythme de travail difficile à tenir
    C’est là toute la difficulté des syndicats qui œuvrent dans les fermes : améliorer les conditions de travail des ouvriers tout en préservant un emploi fragile. « Les tenues de protection contre les pesticides sont maintenant obligatoires, se félicite Samuel Otieno, responsable local de la Kenya Plantation and Agricultural Workers Union, qui représente 20 000 ouvriers. En revanche, beaucoup se plaignent du rythme de travail demandé par les employeurs, parfois impossible à tenir. » Dans la ferme Wildfire, les salariés, à 60 % des femmes, doivent transformer en bouquets un quota de 2 700 roses par jour.

    […]

    L'eau du lac, pompée pour irriguer les cultures
    Si les fermes de fleurs sont si frileuses à ouvrir leurs portes, c’est que leur activité, ainsi que la population croissante qu’elles attirent, ne sont pas sans conséquences sur l’écosystème de Naivasha. Une virée en bateau permet de se rapprocher des immenses pompes rouges installées par les fermes dans le lac pour irriguer les cultures. Wildfire puise par exemple 2 000 m3 d'eau chaque jour pour arroser ses fleurs entre 7 heures et 13 heures. « Il y a deux ans, on a mis en place un plan d’allocation de l’eau : le gouvernement accorde des permis et on doit réduire les quantités pompées si le niveau du lac baisse », assure Peter Szapary, qui montre les nombreux panneaux installés sur les rives pour indiquer, au centimètre près, le niveau du lac. Mais il reconnaît : « Il y a toujours des moutons noirs : certaines fermes pompent l’eau sans autorisation. »

    En 2009, quand le lac était au plus bas faute de précipitations suffisantes, les horticulteurs ont été accusés de l’assécher. Aujourd’hui, en raison de pluies très denses, le niveau est considérablement remonté, ce qui permet aux agriculteurs d’affirmer que les variations de Naivasha sont d’ordre géologique. « Au début du XXe siècle, le lac a par deux fois été totalement à sec, confirme Lovat Carnelley, membre de l’association des riverains du lac, qui tient un camping-restaurant au bord de l’eau. Mais actuellement, il n’est pas aussi haut que les autres de la vallée du Rift. » Il craint qu’une « nouvelle période de sécheresse dure plus longtemps à cause de la pression humaine sur les ressources hydrologiques ».

    Engrais, pesticides et rejets des effluents des bidonvilles
    L’association dénonce également la présence d’engrais et de pesticides dans l’eau. Si des fermes ont mis en place des cultures hors-sol, avec un système de traitement et de recyclage des effluents, d’autres continuent de rejeter leurs eaux usées dans le lac. « Beaucoup de petites plantations n’ont pas les moyens de se payer des systèmes de filtration ou ne respectent pas les zones ripariennes4, tampon entre les cultures et le lac, reconnaît Carol Mutiso, qui travaille au sein d’Imarisha Naivasha, un partenariat public-privé pour un développement durable du lac. Les lois existent mais il est difficile de les faire respecter : les fermes se renvoient la responsabilité ou accusent les plantations le long de la rivière Malewa, en amont du lac. »

Source : journal Le Monde, 14 janvier 2015.

1 – Quelle est la source de ce document ?

2 – De quel pays est – il question ? Dans quel continent se trouve – t – il ?


3 – Quelle est la place de ce pays dans la production mondiale horticole ?


4 – Combien rapporte cette production à ce pays ?


5 – Où cette production est – elle exportée ?


6 – Quels sont les concurrents de ce pays ?


7 – Dans ce pays, où la culture des roses est – elle installée ?


8 – Quels sont les atouts de cet endroit ?


9 – Où vivent les ouvriers de ces fermes ?

10 – Donner un exemple de salaire perçu par l’un d’eux.


10b – Quelles sont les conditions de travail de ces ouvriers et ouvrières ?

10c – Une amélioration de conditions de travail a – t – elle eu lieu ? Si oui, laquelle ?