Dubaï fait rêver les migrants africains
Les échanges avec le continent représentent 8 % du commerce extérieur de l’émirat de Dubaï. De nombreux Africains y voient un eldorado, malgré des conditions de vie parfois difficiles.

Par Raoul Mbog (envoyé spécial, Dubaï)

LE MONDE Le 17.06.2015 à 06h33

Le quartier de Deira est situé à une petite dizaine de kilomètres du centre de Dubaï, la ville la plus peuplée et la plus connue des Emirats arabes unis. Ici, rien d’extraordinaire, aucune attraction particulière. Juste une vaste étendue d’immeubles de 10 à 15 étages, de véritables nains comparés aux gratte-ciel insolents qui longent l’avenue Cheikh Zayed, la principale artère de la métropole. Même son vaste centre commercial, le Deira City Center, l’un des tout premiers malls construits dans l’émirat, paraît ridicule devant de clinquants mastodontes comme le Dubai Mall, le plus grand du monde, avec ses 800 000 mètres carrés de magasins et ses 80 millions de visiteurs annuels.

Pourtant, ce quartier à la « modernité ancienne », snobé par les riches Dubaïotes, semble attirer de nombreux Africains installés dans la ville. Les loyers y sont moins élevés qu’ailleurs : près de 8 000 euros par an pour un deux-pièces de 60 mètres carrés quand le double est parfois nécessaire autour de la marina.

C’est à Deira que s’est retrouvé Tamiyu. Arrivé de Lagos, il y a trois semaines, afin de « tenter sa chance » à Dubaï, ce Nigérian de 26 ans est temporairement hébergé par trois jeunes hommes, deux Nigérians et un Camerounais, des « connaissances de connaissances ».

« J’avais entendu des histoires de personnes qui avaient déjà fait le voyage, et les nouvelles qui me parvenaient étaient plutôt bonnes. Alors, je me suis dit que, moi aussi, je pourrais trouver des opportunités ici », raconte-t-il en rangeant sur une table le dossier qu’il a préparé pour des recherches d’emploi. Il ne lui reste plus qu’une semaine pour trouver du travail afin de faire transformer son visa touristique de 30 jours en permis de séjour. Le temps presse. « Mais j’ai confiance, ajoute Tamiyu, tous ceux que je rencontre ici ont du travail. »

A la recherche de « l’eldorado »

En effet, c’est ce qui manque le moins dans cet émirat de près de deux millions d’habitants, constitué à 85 % d’étrangers, dont des expatriés occidentaux et une majorité d’ouvriers indo-pakistanais et chinois. Les multiples chantiers d’infrastructures et immobiliers de cette ville cosmopolite offrent des opportunités dans le bâtiment. Dubaï, choisie pour abriter l’exposition universelle de 2020, a accueilli plus de 13 millions de visiteurs en 2014, d’après le département du tourisme émirati. Les autorités ambitionnent de porter ce chiffre à 20 millions d’ici cinq ans. Ce qui crée autant de besoins en main-d’œuvre dans le secteur des services.

Comme Tamiyu, Rigobert est, lui aussi, venu se faire « une place au soleil » dans cet « eldorado » où les températures peuvent atteindre 50 degrés entre juin et septembre. Ce grand gaillard souriant de 32 ans a quitté Bafoussam (ouest du Cameroun), il y a 18 mois, où il a laissé une femme et deux enfants.


« Mon rêve, c’est d’économiser un maximum d’argent pour pouvoir monter un business dans mon pays », dit-il avec un sourire gêné pour expliquer son choix de venir s’installer. En attendant, il est agent d’entretien dans une enseigne du Dubai Mall, après avoir travaillé comme manutentionnaire dans un hôtel du quartier de la marina. Ses 1 500 dirhams (300 euros) de salaires mensuels paraissent dérisoires.
« C’est plus que ce je pourrais gagner au pays en faisant le même travail, et je ne paie pas d’impôt dessus », ajoute Rigobert, comme pour se faire une raison. Il envoie la moitié de son salaire à sa famille, économise un quart et utilise l’autre quart pour subvenir à ses besoins. « Ici, si vous ne créez pas d’ennuis, on vous colle la paix », souligne-t-il, masquant difficilement ses dix voire douze heures de travail quotidien.
Vaste marché sans taxe

Les Africains qui viennent s’installer à Dubaï n’occupent pas que des postes non qualifiés. Kanyinso est Kényane. En 2012, après son diplôme de commerce de l’université de Nakuru, dans la vallée du Rift, elle obtient un poste dans un cabinet de recrutement à Dubaï, « via l’entremise d’une marraine ». La jeune femme assure avoir pour collègues un Ivoirien et un Mozambicain, même si, selon elle, la majorité des Africains de Dubaï viennent de l’est du continent. Elle révèle un salaire de 3 000 euros nets, « une fortune, même si la vie est chère ici. Mais je suis logée par mon employeur. »